La crise et l’emploi open source
La crise est un véritable tourbillon qui nous a plongé au fond de la pire récession depuis la Grande Dépression. A présent nous commençons à revenir à une économie stabilisée, avec des signes encourageants de croissance pour l’avenir. Cette crise est à elle seule, un défi que la plupart n’ont jamais eu à endurer dans leur vie . Nous payons son prix encore aujourd’hui sur tout le globe.
Alors, comment en est-on arrivés là ? La combinaison d’une crise du crédit et d’une bulle immobilière sont les principaux facteurs qui nous amènent dans le mur. Pas besoin de perdre notre temps pour trouver les responsables, car tous les points de vus sont discutables en fonction de l’angle d’observation.
Il est maintenant important de comprendre la turbulence du marché du travail qui résulte de la crise et de comprendre la tournure des événements pour l’avenir. Et plus particulièrement, quelle est l’effet de la crise sur les compétences techniques qui contribuent à l’adoption et au développement de l’open source.
Du point des statistiques du travail, les mois de Septembre et Octobre 2008 correspondent à un virage à partir duquel tout s’empire. Certes la récession et la crise du crédit remonte à mi-2007, mais les effets s’en font réellement ressentir à l’automne de 2008.
A cette date, le marché boursier est en chute libre, et en conséquence les PDG de toutes les entreprises deviennent nerveux. Mais tout cela se précipite quand des gens comme J. Chambers de Cisco et E. Schmidt de Google annoncent qu’ils se préparent aussi au pire. Cela a alors un effet retentissant sur une grande partie des autres sociétés technologiques.
Le résultat final est un gel sur les embauches et dans un laps de temps d’un mois ou deux, la quantité d’offres d’emploi dans les technologies est réduite de 50 %.
Tout se passe de manière étrangement calme, comme s’il y avait une sorte de catastrophe naturelle, mais sans de destruction physique à proprement parler. Les entreprises attendent et contemplent le paysage en attendant de le voir s’améliorer.
Mais nous avons déjà vu ce genre de phénomène auparavant, et notamment après la bulle des technologies de 1999/2000, où le marché de l’emploi pour les professionnels de la technique est devenu très contraint.
Cependant aujourd’hui, il y a une différence majeure : les starts-up ont emboîté le pas aux compagnies technologiques majeures.
La peur s’est tellement répandue que la plupart des start-ups bien nées et bien financées subissent des contraintes de cash-flow, les empêchant de continuer à croître et les forçant à garder leurs liquidités.
Aujourd’hui, tout n’est pour autant pas perdu. Les logiciels open source se développent dans une économie fondée sur la baisse du différentiel de coût par rapport aux logiciels propriétaires. En plus, ils sont aussi en plein essor d’un point de vue purement technique.
Au cours de cette période de ralentissement, nous avons assisté à cette résistance du logiciel open source, c’est le cas de Red Hat et MySQL, entre autres, qui vont très bien.
Red Hat continue de réaliser des gains avec une croissance à deux chiffres par an, et MySQL a été racheté par Sun Microsystems pour le prix, plutôt élevé, d’un milliard de dollars. Par les temps qui courent, ce sont plutôt des exceptions dans le paysage.
Par conséquent, les sociétés ayant une compétence basée dans les logiciels open source résistent bien face à la crise actuelle. Par contre, les sociétés qui utilisent des logiciels open source ne sortent forcément pas aussi bien.
Effectivement, plus elles subissent les contraintes économiques fortes, plus leur utilisation de logiciels open source continue d’augmenter, mais cela ne se traduit pas nécessairement par des postes pour les ingénieurs, pour le moment en tout cas.
Une chose très intéressante a eu lieu durant cette année 2009. Les sociétés financières, qui étaient les principales responsables de cette crise, sont celles qui semblent nous permettre de sortir de cet état de délabrement.
Nous avons investi des milliards de dollars dans ces institutions afin de les maintenir à flot. Et aujourd’hui elles permettent paradoxalement de favoriser l’embauche et notamment celle des ingénieurs en logiciel open source grâce à de nombreux postes à pourvoir.
Il n’y a maintenant plus aucun doute que les logiciels open source sont en train de se répandre dans les sociétés financières. Ces dernières commencent à l’utiliser pour ce qui est en périphérie, mais nous sommes bien au-delà de cela maintenant. Cela se traduira par davantage d’emplois pour les ingénieurs en logiciel open source dans ce secteur.
Nous assistons à une véritable migration d’ingénieurs des entreprises de technologie vers des sociétés financières, et je pense que c’est un mouvement qui est amené à s’étendre.
Il y a une autre lueur d’espoir pour 2010. Les start-up qui ont hiberné depuis l’année dernière semblent vont commencer à se réveiller. Le capital de risque semble s’orienter lentement mais sûrement à la hausse.
Alors, à quoi ressemble le nouveau paysage de l’emploi au fur et à mesure de la sortie de crise ?
Pour la première fois depuis plus d’une année, il y a des signes d’amélioration qui, espérons le, peuvent donner aux entreprises une certaine confiance. Récemment, quelques-unes des grandes sociétés de technologie ont annoncé qu’elles vont embaucher à nouveau des ingénieurs.
Cela devrait permettre de planter les bases pour que les petites et moyennes entreprises emboîtent le pas.
En ce qui concerne les ingénieurs logiciel open source, l’avenir est quant à lui très prometteur. Le plus grand avantage comme nous le constatons est que la sortie de ce cycle économique terrible se fait alors que les entreprises poursuivent leur adoption de logiciels open source. Cela continuera à se traduire par plus de postes pour les ingénieurs du monde open source
La remontée du fond de la pire récession depuis des décennies sera un processus lent, mais qui semble finalement se produire.
Il se fera pour le plus grand bénéfice du libre, qui lors de cet épisode de crise a été étudié et de plus en plus adopté comme solution dans un premier temps, économiquement incontournable, et dans un deuxième temps, techniquement à la hauteur du monde propriétaire.
La sortie de crise devrait ce faire tout en conservant cet état de fait qui s’impose désormais à la plupart des entreprises.